Un traitement biologique peut coûter jusqu’à 80 000 € par an. Pourtant, une version équivalente, appelée biosimilaire, est disponible à moins de 20 % de ce prix. Pourquoi tant de patients paient-ils encore le prix fort ? La réponse ne se trouve pas dans la science, mais dans les systèmes de prix, les brevets et les intermédiaires qui bloquent l’accès aux médicaments moins chers.
Qu’est-ce qu’un biosimilaire ?
Un biosimilaire n’est pas un médicament générique classique. Les génériques, comme le paracétamol ou l’ibuprofène, sont des copies chimiques exactes de médicaments fabriqués en laboratoire. Les biologiques, eux, sont des molécules complexes produites à partir de cellules vivantes - des protéines, des anticorps, des enzymes. Impossible de les copier à l’identique. Mais on peut les reproduire de manière très proche : c’est ce qu’on appelle un biosimilaire.
La FDA et l’EMA (Agence européenne des médicaments) exigent que les biosimilaires soient aussi sûrs et aussi efficaces que le médicament d’origine. Des milliers de patients les utilisent chaque jour sans différence de résultat. Le premier biosimilaire approuvé aux États-Unis, Zarxio, a été mis sur le marché en 2015. Depuis, 76 biosimilaires ont reçu l’approbation. Ils ne représentent encore que 15 à 20 % du marché des biologiques, alors que les génériques classiques couvrent 90 % des prescriptions.
Combien coûtent les biologiques de marque ?
Les biologiques de marque sont les plus chers du marché pharmaceutique. Ils représentent seulement 5 % des prescriptions aux États-Unis, mais 51 % de la dépense totale en médicaments en 2024. En France, les prix sont similaires. Un traitement annuel pour l’arthrite rhumatoïde avec Humira (adalimumab) pouvait coûter jusqu’à 80 000 € avant l’arrivée des biosimilaires. Même si le prix a baissé depuis, il reste autour de 50 000 à 60 000 € par an pour beaucoup de patients.
En 2025, le coût moyen d’une ordonnance de 30 jours pour un biologique de marque est de 2 104 €. Pour un patient qui doit prendre ce traitement toute sa vie, ça fait des dizaines de milliers d’euros par an. Ce n’est pas un prix de médicament - c’est un prix de système.
Combien coûtent les biosimilaires ?
Les biosimilaires entrent sur le marché avec une réduction immédiate de 40 à 50 %. En 2025, le prix moyen d’une ordonnance de 30 jours est de 919 € - soit 56,3 % de moins que le biologique d’origine. Pour Humira, les biosimilaires comme Hyrimoz de Sandoz ont été lancés à 80 % de réduction sur le prix initial. Aujourd’hui, ils représentent 65 % du marché de l’adalimumab aux États-Unis.
Les économies ne s’arrêtent pas là. Quand un biosimilaire arrive, le prix du médicament d’origine baisse aussi. En moyenne, les fabricants de biologiques réduisent leurs prix de 25 à 33 % pour rester compétitifs. C’est une réduction double : le biosimilaire est moins cher, et le médicament original devient aussi moins cher.
Économies réelles : combien d’argent est sauvé ?
Depuis 2015, les biosimilaires ont généré entre 36 et 56 milliards d’euros d’économies dans les systèmes de santé américains. En 2024 seulement, les économies ont atteint 20 milliards d’euros. En France, les chiffres sont plus modestes mais en forte croissance. L’Agence nationale de sécurité du médicament estime que les biosimilaires ont permis d’économiser plus de 500 millions d’euros en 2024.
Les génériques classiques, eux, ont généré 445 milliards d’euros d’économies en 2023. Les biosimilaires, bien qu’encore peu nombreux, pourraient atteindre ce niveau dans 10 ans. Selon Evaluate Pharma, ils pourraient générer 125 milliards d’euros d’économies annuelles d’ici 2030.
Pourquoi les biosimilaires ne sont-ils pas plus utilisés ?
La science est prête. Les preuves sont là. Les prix sont bas. Pourtant, leur adoption reste lente. Pourquoi ? Trois barrières principales.
1. Les brevets et les « thicket » de brevets
Les fabricants de biologiques déposent des centaines de brevets secondaires - sur les méthodes de fabrication, les formulations, les modes d’administration. Cela bloque les biosimilaires pendant des années. Un exemple : Humira a eu 250 brevets déposés. Certains n’avaient aucun lien avec la molécule elle-même, mais suffisaient pour retarder la concurrence.
2. Les PBMs et les « rebate walls »
Les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBMs) négocient des remises avec les laboratoires. Plus le prix est haut, plus la remise est grande. Donc, ils ont intérêt à garder les médicaments chers. Ils pénalisent les biosimilaires en les plaçant en deuxième ligne, en exigeant des patients de payer plus ou de demander une autorisation spéciale. C’est un piège financier.
3. La méfiance des médecins et des patients
Beaucoup pensent encore que « moins cher = moins bon ». Or, les études montrent que les biosimilaires ont exactement le même taux d’efficacité et le même taux d’effets secondaires que les médicaments d’origine. La FDA, l’OMS et l’EMA le répètent : un biosimilaire approuvé est aussi sûr.
Comment faire pour en profiter ?
Si vous ou un proche suivez un traitement biologique, voici ce que vous pouvez faire :
- Demander à votre médecin si un biosimilaire est disponible pour votre traitement.
- Demander à votre pharmacien quelles versions biosimilaires sont couvertes par votre mutuelle.
- Si votre mutuelle refuse de couvrir le biosimilaire, demandez une dérogation. Montrez-lui les données de l’EMA ou de la FDA.
- Comparez les prix : un biosimilaire peut vous faire économiser 3 000 à 6 000 € par an.
En France, les biosimilaires sont remboursés au même taux que les biologiques d’origine. Mais certains médecins ne les prescrivent pas par défaut. Il faut les en inviter.
Que change la loi en 2025 ?
Le gouvernement américain a lancé un plan d’action pour accélérer les biosimilaires. La FDA a publié de nouvelles directives pour simplifier les études cliniques. Ce qui prenait 5 ans et 200 millions d’euros peut désormais se faire en 3 ans et 100 millions.
En Europe, la France et l’Allemagne ont mis en place des programmes de substitution automatique pour les biosimilaires. En cas de renouvellement de traitement, le pharmacien peut remplacer le biologique de marque par un biosimilaire, sauf si le médecin a marqué « non substituable ».
Ces changements sont minuscules, mais ils comptent. Ils montrent que la pression pour réduire les coûts est en train de gagner.
Quel avenir pour les biosimilaires ?
En 2030, les biosimilaires pourraient représenter 35 à 40 % du marché des biologiques. Cela signifie des milliards d’euros d’économies pour les hôpitaux, les mutuelles et les patients. Des traitements pour le cancer, la sclérose en plaques, les maladies rares pourraient devenir accessibles à des millions de personnes.
Le vrai défi n’est pas technique. C’est politique. Il faut briser les brevets abusifs, forcer les PBMs à privilégier les prix réels, et éduquer les médecins et les patients. Ce n’est pas une question de science. C’est une question de volonté.
Le médicament le plus cher n’est pas toujours le meilleur. Parfois, il est juste le plus protégé.
Les biosimilaires sont-ils aussi efficaces que les biologiques de marque ?
Oui. Les biosimilaires doivent prouver, par des études cliniques rigoureuses, qu’ils ont une efficacité et une sécurité identiques à celles du médicament d’origine. L’EMA, la FDA et l’OMS les considèrent comme interchangeables. Des milliers d’études et des millions de patients les utilisent sans différence observée.
Pourquoi les biosimilaires sont-ils moins chers ?
Parce qu’ils n’ont pas besoin de refaire tous les coûts de recherche et développement. Le médicament d’origine a déjà prouvé son efficacité. Le biosimilaire se concentre sur démontrer qu’il est très similaire, ce qui réduit les tests cliniques et les coûts de production. Le prix est aussi plus bas à cause de la concurrence.
Les biosimilaires sont-ils disponibles en France ?
Oui. Plus de 30 biosimilaires sont disponibles en France, pour des traitements comme l’arthrite, le cancer, les maladies inflammatoires et les troubles endocriniens. Ils sont remboursés à 100 % par la Sécurité sociale, comme les biologiques d’origine.
Puis-je demander à mon médecin de me prescrire un biosimilaire ?
Absolument. Vous avez le droit de demander une substitution. Si votre médecin hésite, demandez-lui s’il connaît les données de l’EMA ou la liste des biosimilaires approuvés. Beaucoup ne les prescrivent pas par défaut, mais ils le feront si vous leur demandez.
Quels sont les biosimilaires les plus courants en 2025 ?
Les plus utilisés sont : Hyrimoz (pour Humira), Erelzi (pour Enbrel), Ogivri (pour Herceptin), Renflexis (pour Remicade), et Binocrit (pour Epogen). Ils traitent l’arthrite, le cancer du sein, les maladies rénales et les troubles du sang.
janvier 2, 2026 AT 03:15
Le système est pourri, point final.