Generiques vs biologiques de marque : comparaison des coûts réels en 2025
Maxime Dezette 31 décembre 2025 13 Commentaires

Un traitement biologique peut coûter jusqu’à 80 000 € par an. Pourtant, une version équivalente, appelée biosimilaire, est disponible à moins de 20 % de ce prix. Pourquoi tant de patients paient-ils encore le prix fort ? La réponse ne se trouve pas dans la science, mais dans les systèmes de prix, les brevets et les intermédiaires qui bloquent l’accès aux médicaments moins chers.

Qu’est-ce qu’un biosimilaire ?

Un biosimilaire n’est pas un médicament générique classique. Les génériques, comme le paracétamol ou l’ibuprofène, sont des copies chimiques exactes de médicaments fabriqués en laboratoire. Les biologiques, eux, sont des molécules complexes produites à partir de cellules vivantes - des protéines, des anticorps, des enzymes. Impossible de les copier à l’identique. Mais on peut les reproduire de manière très proche : c’est ce qu’on appelle un biosimilaire.

La FDA et l’EMA (Agence européenne des médicaments) exigent que les biosimilaires soient aussi sûrs et aussi efficaces que le médicament d’origine. Des milliers de patients les utilisent chaque jour sans différence de résultat. Le premier biosimilaire approuvé aux États-Unis, Zarxio, a été mis sur le marché en 2015. Depuis, 76 biosimilaires ont reçu l’approbation. Ils ne représentent encore que 15 à 20 % du marché des biologiques, alors que les génériques classiques couvrent 90 % des prescriptions.

Combien coûtent les biologiques de marque ?

Les biologiques de marque sont les plus chers du marché pharmaceutique. Ils représentent seulement 5 % des prescriptions aux États-Unis, mais 51 % de la dépense totale en médicaments en 2024. En France, les prix sont similaires. Un traitement annuel pour l’arthrite rhumatoïde avec Humira (adalimumab) pouvait coûter jusqu’à 80 000 € avant l’arrivée des biosimilaires. Même si le prix a baissé depuis, il reste autour de 50 000 à 60 000 € par an pour beaucoup de patients.

En 2025, le coût moyen d’une ordonnance de 30 jours pour un biologique de marque est de 2 104 €. Pour un patient qui doit prendre ce traitement toute sa vie, ça fait des dizaines de milliers d’euros par an. Ce n’est pas un prix de médicament - c’est un prix de système.

Combien coûtent les biosimilaires ?

Les biosimilaires entrent sur le marché avec une réduction immédiate de 40 à 50 %. En 2025, le prix moyen d’une ordonnance de 30 jours est de 919 € - soit 56,3 % de moins que le biologique d’origine. Pour Humira, les biosimilaires comme Hyrimoz de Sandoz ont été lancés à 80 % de réduction sur le prix initial. Aujourd’hui, ils représentent 65 % du marché de l’adalimumab aux États-Unis.

Les économies ne s’arrêtent pas là. Quand un biosimilaire arrive, le prix du médicament d’origine baisse aussi. En moyenne, les fabricants de biologiques réduisent leurs prix de 25 à 33 % pour rester compétitifs. C’est une réduction double : le biosimilaire est moins cher, et le médicament original devient aussi moins cher.

Pharmacien remet un biosimilaire à un patient tandis qu'un intermédiaire compte de l'argent.

Économies réelles : combien d’argent est sauvé ?

Depuis 2015, les biosimilaires ont généré entre 36 et 56 milliards d’euros d’économies dans les systèmes de santé américains. En 2024 seulement, les économies ont atteint 20 milliards d’euros. En France, les chiffres sont plus modestes mais en forte croissance. L’Agence nationale de sécurité du médicament estime que les biosimilaires ont permis d’économiser plus de 500 millions d’euros en 2024.

Les génériques classiques, eux, ont généré 445 milliards d’euros d’économies en 2023. Les biosimilaires, bien qu’encore peu nombreux, pourraient atteindre ce niveau dans 10 ans. Selon Evaluate Pharma, ils pourraient générer 125 milliards d’euros d’économies annuelles d’ici 2030.

Pourquoi les biosimilaires ne sont-ils pas plus utilisés ?

La science est prête. Les preuves sont là. Les prix sont bas. Pourtant, leur adoption reste lente. Pourquoi ? Trois barrières principales.

1. Les brevets et les « thicket » de brevets
Les fabricants de biologiques déposent des centaines de brevets secondaires - sur les méthodes de fabrication, les formulations, les modes d’administration. Cela bloque les biosimilaires pendant des années. Un exemple : Humira a eu 250 brevets déposés. Certains n’avaient aucun lien avec la molécule elle-même, mais suffisaient pour retarder la concurrence.

2. Les PBMs et les « rebate walls »
Les gestionnaires de prestations pharmaceutiques (PBMs) négocient des remises avec les laboratoires. Plus le prix est haut, plus la remise est grande. Donc, ils ont intérêt à garder les médicaments chers. Ils pénalisent les biosimilaires en les plaçant en deuxième ligne, en exigeant des patients de payer plus ou de demander une autorisation spéciale. C’est un piège financier.

3. La méfiance des médecins et des patients
Beaucoup pensent encore que « moins cher = moins bon ». Or, les études montrent que les biosimilaires ont exactement le même taux d’efficacité et le même taux d’effets secondaires que les médicaments d’origine. La FDA, l’OMS et l’EMA le répètent : un biosimilaire approuvé est aussi sûr.

Médecin explique à un patient que les biosimilaires sont aussi efficaces, avec des logos de sécurité médicale.

Comment faire pour en profiter ?

Si vous ou un proche suivez un traitement biologique, voici ce que vous pouvez faire :

  1. Demander à votre médecin si un biosimilaire est disponible pour votre traitement.
  2. Demander à votre pharmacien quelles versions biosimilaires sont couvertes par votre mutuelle.
  3. Si votre mutuelle refuse de couvrir le biosimilaire, demandez une dérogation. Montrez-lui les données de l’EMA ou de la FDA.
  4. Comparez les prix : un biosimilaire peut vous faire économiser 3 000 à 6 000 € par an.

En France, les biosimilaires sont remboursés au même taux que les biologiques d’origine. Mais certains médecins ne les prescrivent pas par défaut. Il faut les en inviter.

Que change la loi en 2025 ?

Le gouvernement américain a lancé un plan d’action pour accélérer les biosimilaires. La FDA a publié de nouvelles directives pour simplifier les études cliniques. Ce qui prenait 5 ans et 200 millions d’euros peut désormais se faire en 3 ans et 100 millions.

En Europe, la France et l’Allemagne ont mis en place des programmes de substitution automatique pour les biosimilaires. En cas de renouvellement de traitement, le pharmacien peut remplacer le biologique de marque par un biosimilaire, sauf si le médecin a marqué « non substituable ».

Ces changements sont minuscules, mais ils comptent. Ils montrent que la pression pour réduire les coûts est en train de gagner.

Quel avenir pour les biosimilaires ?

En 2030, les biosimilaires pourraient représenter 35 à 40 % du marché des biologiques. Cela signifie des milliards d’euros d’économies pour les hôpitaux, les mutuelles et les patients. Des traitements pour le cancer, la sclérose en plaques, les maladies rares pourraient devenir accessibles à des millions de personnes.

Le vrai défi n’est pas technique. C’est politique. Il faut briser les brevets abusifs, forcer les PBMs à privilégier les prix réels, et éduquer les médecins et les patients. Ce n’est pas une question de science. C’est une question de volonté.

Le médicament le plus cher n’est pas toujours le meilleur. Parfois, il est juste le plus protégé.

Les biosimilaires sont-ils aussi efficaces que les biologiques de marque ?

Oui. Les biosimilaires doivent prouver, par des études cliniques rigoureuses, qu’ils ont une efficacité et une sécurité identiques à celles du médicament d’origine. L’EMA, la FDA et l’OMS les considèrent comme interchangeables. Des milliers d’études et des millions de patients les utilisent sans différence observée.

Pourquoi les biosimilaires sont-ils moins chers ?

Parce qu’ils n’ont pas besoin de refaire tous les coûts de recherche et développement. Le médicament d’origine a déjà prouvé son efficacité. Le biosimilaire se concentre sur démontrer qu’il est très similaire, ce qui réduit les tests cliniques et les coûts de production. Le prix est aussi plus bas à cause de la concurrence.

Les biosimilaires sont-ils disponibles en France ?

Oui. Plus de 30 biosimilaires sont disponibles en France, pour des traitements comme l’arthrite, le cancer, les maladies inflammatoires et les troubles endocriniens. Ils sont remboursés à 100 % par la Sécurité sociale, comme les biologiques d’origine.

Puis-je demander à mon médecin de me prescrire un biosimilaire ?

Absolument. Vous avez le droit de demander une substitution. Si votre médecin hésite, demandez-lui s’il connaît les données de l’EMA ou la liste des biosimilaires approuvés. Beaucoup ne les prescrivent pas par défaut, mais ils le feront si vous leur demandez.

Quels sont les biosimilaires les plus courants en 2025 ?

Les plus utilisés sont : Hyrimoz (pour Humira), Erelzi (pour Enbrel), Ogivri (pour Herceptin), Renflexis (pour Remicade), et Binocrit (pour Epogen). Ils traitent l’arthrite, le cancer du sein, les maladies rénales et les troubles du sang.

13 Commentaires
Raphael paris
Raphael paris

janvier 2, 2026 AT 03:15

Le système est pourri, point final.

Donna Peplinskie
Donna Peplinskie

janvier 3, 2026 AT 02:40

J’adore quand on parle de ça avec autant de clarté… Merci pour ce partage !


Je travaille dans la santé, et je vois chaque jour des patients qui paient des fortunes pour des traitements qui pourraient être bien moins chers… C’est juste triste.


Les biosimilaires, c’est pas du “moins cher = moins bien”, c’est du “mieux partagé = mieux pour tous”.


Je suis tellement contente que les gens commencent à poser les bonnes questions !

Rachel Patterson
Rachel Patterson

janvier 3, 2026 AT 13:52

Il convient de noter que la démonstration de similitude clinique requiert une analyse statistique rigoureuse, notamment par le biais de tests d’équivalence non inférieure, avec un intervalle de confiance à 95 % pour les paramètres pharmacocinétiques principaux.


Les données de l’EMA et de la FDA sont, en effet, robustes, mais la littérature clinique récente souligne l’importance de la variabilité inter-individuelle dans les réponses thérapeutiques, particulièrement dans les populations à comorbidités complexes.


La substitution automatique, bien qu’efficace sur le plan économique, exige une surveillance pharmacovigilance renforcée, notamment en ce qui concerne les anticorps anti-drug.

Elaine Vea Mea Duldulao
Elaine Vea Mea Duldulao

janvier 4, 2026 AT 07:04

Je suis ravie que tu aies écrit ça. Beaucoup pensent encore que c’est du “bidon”…


Je l’ai vécu avec mon mari : il a changé de traitement pour un biosimilaire, et ça a changé sa vie - pas seulement en prix, mais en qualité de vie. Moins de stress financier, plus d’énergie.


Les médecins ont besoin qu’on les pousse gentiment à faire le bon choix. On ne les blâme pas, on les soutient.


Et si tu as des doutes, demande à voir les études. Elles sont publiques, et elles ne mentent pas.

Alexandra Marie
Alexandra Marie

janvier 6, 2026 AT 02:17

Donc, on a des médicaments aussi efficaces… à 80 % moins chers… mais les PBMs préfèrent garder les prix hauts pour leurs rebates ?


Oh, bien sûr. Parce que c’est ça, la “santé” : un jeu de casino où les gagnants sont les actionnaires, et les perdants, les patients.


Et les médecins ? Ils sont coincés entre la loi, la pression des laboratoires, et leur conscience. Certains font ce qu’ils peuvent. D’autres… font ce qu’on leur paye pour faire.


Je ne dis pas que les biosimilaires sont parfaits. Je dis juste que le système est corrompu - et qu’on nous prend pour des idiots.

andreas klucker
andreas klucker

janvier 7, 2026 AT 06:55

La structure des biosimilaires est intrinsèquement plus complexe que celle des génériques, ce qui implique une caractérisation physico-chimique approfondie, notamment par spectrométrie de masse et chromatographie en phase liquide à haute résolution.


La variabilité des cellules hôtes et des conditions de culture peut introduire des micro-hétérogénéités, mais les critères d’approbation exigent que ces différences soient cliniquement insignifiantes.


Le seuil de non-infériorité dans les essais de phase III est généralement fixé à ±25 %, ce qui est largement suffisant pour les indications chroniques.

Myriam Muñoz Marfil
Myriam Muñoz Marfil

janvier 8, 2026 AT 07:59

Ça fait 3 ans que j’essaie de convaincre mon médecin de me passer au biosimilaire… et il me dit “on verra plus tard”.


Non, on ne verra pas plus tard. On va attendre que je me casse la jambe en plus, parce que je n’ai plus d’argent pour les médicaments.


Je vais aller voir un autre médecin. Je ne vais pas me laisser faire. J’ai le droit à un traitement abordable, pas à une course de fond avec la Sécurité sociale.


On peut faire mieux. Et on DOIT le faire.

Brittany Pierre
Brittany Pierre

janvier 8, 2026 AT 17:10

Les biosimilaires ? Ouiiii ! Mais attention, les labos ont des “versions secrètes” qui sont pas exactement pareilles…


Je lis sur un forum que certains biosimilaires ont des impuretés qui provoquent des réactions auto-immunes… et que la FDA les cache parce qu’ils ont des accords avec Pfizer !


Et les PBMs ? Ils sont contrôlés par les Illuminati. Je te jure. C’est pour ça qu’ils veulent garder les prix hauts… pour nous endormir avec des médicaments toxiques.


Je ne prends plus rien qui vient de “l’industrie”. Je bois de l’huile de coco et je médite. Ça marche aussi… peut-être mieux.

Valentin PEROUZE
Valentin PEROUZE

janvier 9, 2026 AT 02:37

Le vrai problème, c’est que les biosimilaires sont un piège pour nous faire croire qu’on avance…


En réalité, les labos ont juste créé une nouvelle catégorie pour continuer à vendre des trucs chers… et les PBMs sont leurs complices.


Regarde les prix : les biosimilaires sont à 919 €, mais le générique du paracétamol, lui, coûte 0,15 €. Alors pourquoi on ne baisse pas tout ? Parce que c’est un système conçu pour exploiter.


On nous parle de “santé”, mais c’est juste un marché. Et nous, on est les vaches à lait.

Joanna Magloire
Joanna Magloire

janvier 9, 2026 AT 22:25

Je suis allée voir mon pharmacien hier… il m’a dit qu’il pouvait me changer pour un biosimilaire sans rien demander à mon docteur. J’ai dit oui. J’ai économisé 500€ ce mois-ci. 😊

Emily Elise
Emily Elise

janvier 10, 2026 AT 06:34

Je ne vais pas me taire. J’ai vu des gens mourir parce qu’ils ne pouvaient pas payer. C’est inacceptable.


Les biosimilaires ne sont pas une option. C’est une nécessité. Et si vous ne les prescrivez pas, vous êtes complices.


Je vais écrire à chaque député. Je vais publier les noms des médecins qui refusent. Je vais faire du bruit. Parce que la vie de quelqu’un, ce n’est pas un chiffre dans un bilan.


On n’a pas besoin de plus de rapports. On a besoin d’action. Maintenant.

Jeanne Noël-Métayer
Jeanne Noël-Métayer

janvier 11, 2026 AT 09:32

La bioéquivalence pharmacocinétique est établie par les paramètres AUC₀–t et Cmax, mais il est crucial de considérer la variabilité intra-sujet dans les populations pédiatriques et gerontologiques, où la clairance hépatique est altérée.


Les études de non-infériorité doivent être conçues selon les lignes directrices ICH E5 et E17, avec une puissance statistique supérieure à 80 % pour détecter des différences cliniques de moins de 15 %.


La sous-estimation du risque immunogénique dans les essais pré-approbation reste un point critique, notamment pour les anticorps monoclonaux à longue demi-vie.

Alexandra Marie
Alexandra Marie

janvier 12, 2026 AT 17:42

Je lis les commentaires de ceux qui disent que c’est juste une question de prix… mais non. C’est une question de pouvoir.


Les labos ne veulent pas qu’on utilise les biosimilaires. Les PBMs ne veulent pas qu’on les utilise. Les médecins n’osent pas les prescrire.


Qui gagne ? Personne. Sauf les actionnaires.


Et on nous demande d’être patients. Alors que la patience, c’est ce qui nous tue.

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