Dérogations de bioéquivalence FDA : quand les études in vivo ne sont pas requises
Maxime Dezette 5 février 2026 0 Commentaires

La FDA permet parfois d'éviter des études in vivo pour prouver l'bioéquivalence de médicaments génériques. Ces exceptions, appelées « dérogations de bioéquivalence », sont accordées lorsque des tests in vitro suffisent à démontrer la similarité entre un générique et son produit de référence. Ce mécanisme, officialisé par un guide en décembre 2017, repose sur des critères scientifiques stricts.

Qu'est-ce qu'une dérogation de bioéquivalence ?

dérogations de bioéquivalence est un mécanisme réglementaire permettant à la FDA de dispenser les fabricants de médicaments génériques d'effectuer des études in vivo pour prouver l'équivalence biologique. Cette dispense s'applique uniquement dans des cas scientifiquement justifiés, comme expliqué dans le guide de la FDA publié en décembre 2017 (Document 2017-27786 du Federal Register). Le système repose sur le Système de Classification Biopharmaceutique (BCS), qui évalue la solubilité et la perméabilité du principe actif. Par exemple, les médicaments de classe I (haute solubilité et haute perméabilité) peuvent souvent bénéficier de dérogations, tandis que ceux à index thérapeutique étroit (comme la warfarine) sont généralement exclus.

Les critères scientifiques de la FDA

Pour obtenir une dérogation, les fabricants doivent démontrer que les tests in vitro sont plus fiables que les études in vivo. La FDA exige des preuves précises, notamment :

  • Solubilité élevée : la dose totale doit se dissoudre dans 250 ml d'eau entre pH 1,0 et 6,8.
  • Perméabilité élevée : au moins 90 % de la dose est absorbée dans l'intestin.
  • Profils de dissolution comparables : les tests doivent montrer une similarité (facteur f2 ≥ 50) dans des solutions de pH 1,2 ; 4,5 et 6,8.
  • Échantillonnage rigoureux : 12 unités par formulation, mesurées à 10, 15, 20, 30, 45 et 60 minutes.

Pour les classes III (haute solubilité, faible perméabilité), des conditions supplémentaires s'appliquent, comme l'identité exacte des excipients et la non-dépendance à la zone d'absorption. Un exemple concret : la metformine (BCS Classe I) bénéficie souvent de dérogations grâce à des tests de dissolution standardisés.

Pilule avec symboles de solubilité et perméabilité sur fond d'usine.

Avantages et économies pour l'industrie

Les dérogations de bioéquivalence génèrent des économies significatives. Une étude in vivo classique coûte entre 250 000 et 500 000 dollars et prend 6 à 12 mois. Selon une analyse IQVIA de 2022, l'utilisation des dérogations a accéléré les approbations de génériques de 7,3 mois en moyenne, générant environ 1,2 milliard de dollars d'accès anticipé au marché chaque année. Par exemple, une entreprise générique a obtenu 12 dérogations en trois ans, économisant 4,2 millions de dollars et gagnant 8 à 10 mois par produit.

L'American Association of Pharmaceutical Scientists (AAPS) a confirmé en 2020 que les dérogations BCS Classe I présentent un taux de concordance de 95 % avec les résultats des études in vivo. Cela signifie que les tests in vitro sont souvent plus précis et reproductibles que les mesures biologiques traditionnelles pour ces médicaments.

Limites et exceptions

Malgré leurs avantages, les dérogations ne s'appliquent pas à tous les produits. La FDA exclut généralement :

  • Les médicaments à index thérapeutique étroit (comme la phénytoïne ou la warfarine), sauf pour certains anticonvulsivants où des guides spécifiques existent.
  • Les formulations à libération modifiée (comme les comprimés à libération prolongée).
  • Les produits complexes, comme les émulsions ou les nanoparticules.

En 2023, le comité de la FDA a signalé que 85 % des génériques complexes ne peuvent pas bénéficier des dérogations actuelles. De plus, 35 % des demandes rejetées échouent à cause de « tests de dissolution non discriminants », selon le rapport interne de la FDA en 2021. Cela souligne l'importance de bien valider les méthodes avant de soumettre une demande.

Scientifique et ouvrier serrent la main sur des pièces de monnaie.

Évolutions récentes et perspectives

La FDA travaille activement à élargir les dérogations. En 2022, un projet pilote a évalué les dérogations pour des médicaments à index thérapeutique étroit. Le plan stratégique de la FDA (2023-2027) vise à augmenter de 25 % les dérogations scientifiquement justifiées d'ici 2027. Selon Evaluate Pharma, l'utilisation des dérogations devrait atteindre 25-30 % des demandes ANDA d'ici 2027, contre 18 % en 2022.

La FDA investit 15 millions de dollars annuels dans le programme GDUFA pour développer de nouveaux modèles de corrélation in vitro-in vivo. Ces avancées pourraient permettre d'étendre les dérogations à des classes BCS supplémentaires, notamment les médicaments de classe II (faible solubilité, haute perméabilité) avec des formulations innovantes.

FAQ

Quels médicaments sont éligibles aux dérogations de bioéquivalence ?

Les dérogations s'appliquent principalement aux médicaments à libération immédiate sous forme solide orale, classés BCS Classe I (haute solubilité et haute perméabilité) ou parfois Classe III (haute solubilité, faible perméabilité). Les exemples courants incluent la metformine, la propranolol, et l'ibuprofène. Les médicaments à index thérapeutique étroit (comme la warfarine) ou les formulations à libération modifiée sont généralement exclus, sauf pour certains cas spécifiques.

Comment faire une demande de dérogation ?

La demande doit inclure des données de dissolution comparées sous pH 1,2 ; 4,5 et 6,8, avec un facteur f2 ≥ 50. Il faut aussi justifier la solubilité et la perméabilité du principe actif selon les critères BCS. La FDA recommande une consultation préalable via le programme Pre-ANDA, ce qui augmente le taux d'approbation de 22 %. Les dossiers incomplets ou manquant de preuves scientifiques solides ont souvent un taux de rejet élevé.

Pourquoi certaines dérogations sont-elles rejetées ?

Les rejets principaux viennent de tests de dissolution non discriminants (35 % des cas), de données insuffisantes sur la solubilité ou la perméabilité, ou de formulations complexes. Par exemple, une entreprise a vu sa demande rejetée en 2021 car les tests de dissolution ne différenciaient pas les formulations malgré des critères BCS apparemment respectés. La FDA insiste sur la nécessité de valider les méthodes dans des conditions physiologiquement pertinentes.

Quelle est la différence entre BCS Classe I et Classe III ?

La Classe I comprend des médicaments à haute solubilité (dose ≤ 250 ml d'eau à pH 1-6,8) et haute perméabilité (90 % absorbés). La Classe III a aussi une haute solubilité mais une faible perméabilité (moins de 90 % absorbés). Pour la Classe III, la FDA exige en plus que les excipients soient identiques à ceux du produit de référence et que l'absorption ne dépende pas de la zone intestinale.

Les dérogations s'appliquent-elles aux médicaments brevetés ?

Non. Les dérogations concernent uniquement les génériques soumis via des ANDA (Demandes de Nouvelle Approbation Abbreviée) ou des suppléments. Les médicaments brevetés doivent toujours passer par des études in vivo pour prouver leur efficacité et sécurité. Les dérogations sont un avantage spécifique pour l'industrie des génériques, permettant d'accélérer leur mise sur le marché sans répétition d'études coûteuses.