Comment gérer les médicaments contre la douleur post-partum tout en allaitant
Maxime Dezette 11 janvier 2026 14 Commentaires

Après l’accouchement, la douleur est normale - que ce soit à cause d’une déchirure, d’une césarienne ou simplement du travail intense. Mais quand vous allaitez, chaque comprimé que vous prenez devient une décision plus complexe. Vous voulez vous sentir mieux, mais vous ne voulez pas mettre votre bébé en danger. La bonne nouvelle ? Il existe des options sûres. La mauvaise ? Beaucoup de médecins et même certains pharmaciens donnent encore des conseils obsolètes. Voici ce que vous devez vraiment savoir.

Les médicaments à privilégier : ibuprofène et acétaminophène

Si vous ne prenez qu’un seul médicament après l’accouchement, choisissez l’ibuprofène. C’est le premier choix recommandé par l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) en 2023, et pour une bonne raison. Seulement 0,6 à 0,7 % de la dose que vous prenez passe dans votre lait. Votre bébé en reçoit une quantité minuscule - moins que ce qu’il absorberait en buvant un peu d’eau contaminée. L’acétaminophène est presque aussi sûr : entre 0,1 et 1,0 % de la dose maternelle se retrouve dans le lait. Aucun des deux n’a été lié à des effets secondaires chez les nourrissons, même chez les bébés prématurés.

Vous pouvez les prendre à n’importe quel moment de la journée. Pas besoin d’attendre après l’allaitement, ni de « pomper et jeter ». Leur temps d’action est court : leur pic dans le lait arrive entre 1 et 2 heures après la prise. Cela signifie que si vous prenez un comprimé juste avant d’allaiter, la concentration dans le lait sera déjà en baisse quand votre bébé va boire.

Pour un soulagement optimal, alternez les deux médicaments toutes les 3 heures. Par exemple : acétaminophène à 14h, ibuprofène à 17h, acétaminophène à 20h. Cela permet de maintenir un niveau de soulagement constant sans surcharger votre corps avec un seul type de médicament. Cette méthode est recommandée par l’initiative Michigan OPEN pour les mères après césarienne, même dans les premières 24 heures.

Les opioids : une option limitée, mais possible

Si la douleur est trop intense pour être gérée avec l’ibuprofène et l’acétaminophène, un opioid peut être nécessaire - mais pas n’importe lequel. Le morphine est le seul opioid clairement recommandé pour les mères qui allaitent. Pourquoi ? Parce que même s’il passe dans le lait, le bébé absorbe à peine 0,5 à 1 % de la dose. Son système digestif immature ne le capte pas bien. C’est la raison pour laquelle les experts comme le Dr Thomas Hale, fondateur de l’InfantRisk Center, le considèrent comme le plus sûr.

Si vous devez prendre un opioid, faites-le juste après une tétée. Cela vous laisse 3 à 4 heures avant la prochaine tétée, ce qui permet à la concentration dans le lait de baisser. Évitez de prendre l’opioïde juste avant de nourrir - vous risquez de donner à votre bébé une dose plus élevée au moment où son corps est le plus sensible.

Les autres opioids comme l’oxycodone ou l’hydrocodone peuvent être utilisés en cas d’urgence, mais avec prudence. Ils passent dans le lait à des taux faibles (0,1 à 0,5 %), mais ils peuvent provoquer une somnolence excessive chez le bébé. Surveillez-le : s’il dort plus que d’habitude, a du mal à s’alimenter, ou semble « flasque », arrêtez le médicament et consultez un médecin.

Les médicaments à éviter absolument : codeine et tramadol

Ne prenez jamais de codeine ou de tramadol pendant l’allaitement. C’est une règle absolue. En 2017, la FDA a renforcé son avertissement : la codeine peut se transformer en morphine dans votre corps, et chez certaines femmes, cette transformation est extrêmement rapide. On appelle ça le « métabolisme ultra-rapide ». Environ 1 femme sur 100 de descendance caucasienne est concernée. Elle ne le sait pas. Son bébé, lui, le sait - trop bien. Des cas d’arrêt respiratoire mortel chez des nourrissons ont été documentés après que leur mère a pris une simple dose de codeine.

Le tramadol est encore plus imprévisible. Son métabolite actif, le M1, peut atteindre des concentrations dangereuses dans le lait, même avec une dose normale. La FDA a signalé en 2019 des cas d’apnée chez des bébés dont les mères prenaient du tramadol selon les recommandations. Il n’y a pas de seuil sûr. Pas de dose « faible » qui fonctionne. Si vous avez déjà pris un de ces médicaments par erreur, surveillez votre bébé pendant 24 heures : somnolence, respiration lente, difficulté à téter, peau bleuâtre - ces signes doivent vous amener à consulter immédiatement.

Une mère hésite devant une ordonnance de codeine, tandis qu'un bébé dort en sécurité à côté d'une alternative sûre.

Les autres NSAIDs : à éviter aussi

Le naproxène et l’indométacine sont souvent proposés pour la douleur chronique, mais ils ne sont pas adaptés après l’accouchement. Leur concentration dans le lait peut atteindre 1,5 à 2,0 % de la dose maternelle, ce qui est trop élevé pour un nouveau-né. Leur durée d’action est longue - jusqu’à 12 heures - ce qui signifie que le bébé est exposé en continu. L’Académie de médecine de l’allaitement recommande de les éviter, surtout si votre bébé est prématuré ou a moins de 2 mois.

Comment surveiller votre bébé

Si vous prenez un médicament, même un sûr, observez votre bébé. Les signes d’un problème peuvent être subtils : il dort plus que d’habitude, il ne réagit pas comme d’habitude quand vous le parlez, il a du mal à téter, ou il semble plus mou que d’habitude. Il peut aussi avoir des selles moins fréquentes - une constipation liée aux opioids. Si vous remarquez un changement, arrêtez le médicament et appelez votre pédiatre. Il n’y a pas besoin d’attendre. Même un seul médicament peut avoir un effet différent selon le bébé.

Une mère allaitant regarde une liste de médicaments sûrs et dangereux, avec une infirmière jetant une pratique obsolète à la poubelle.

La vérité sur le « pump and dump »

On vous a peut-être dit de « pomper et jeter » pendant 24 heures après une anesthésie ou un médicament. C’est une pratique obsolète. Depuis 2021, l’Académie de médecine de l’allaitement a officiellement retiré cette recommandation. Les études montrent que les médicaments passent en quantités si faibles dans le lait que le risque est négligeable. Pomper et jeter ne protège pas votre bébé - ça vous épuise, ça diminue votre production de lait, et ça crée une anxiété inutile. Allaiter normalement est la meilleure chose que vous puissiez faire pour vous et votre bébé.

Que faire si vous avez besoin d’un médicament plus fort ?

Si la douleur persiste malgré l’ibuprofène et l’acétaminophène, parlez à votre médecin. Il peut vous proposer une injection de Toradol (ketorolac) en intraveineuse pendant les premières 24 heures après une césarienne - une option efficace et sûre, selon l’initiative Michigan OPEN. Ou alors, un court traitement avec de la morphine, en dose minimale, pendant 4 à 6 jours maximum. Ne demandez jamais un opioid « pour être sûr ». Ne laissez pas un médecin vous prescrire du codeine ou du tramadol sous prétexte que « c’est ce qu’on utilise toujours ».

À l’avenir : des tests génétiques pourraient aider

Des chercheurs de la Mayo Clinic ont montré en 2023 qu’un test génétique simple - qui détecte le gène CYP2D6 - pourrait identifier les femmes à métabolisme ultra-rapide avant même de prescrire un médicament. Ce test n’est pas encore standard, mais il pourrait devenir une pratique courante. Si vous avez déjà eu un bébé qui a eu des problèmes après un médicament, ou si vous avez des antécédents familiaux d’overdose d’opioïdes, parlez-en à votre médecin. Ce test pourrait vous sauver la vie, à vous et à votre enfant.

Puis-je prendre de l’ibuprofène pendant l’allaitement ?

Oui, l’ibuprofène est le premier choix recommandé pour les mères qui allaitent. Seulement 0,6 à 0,7 % de la dose passe dans le lait, ce qui est considéré comme sans risque pour le bébé. Il peut être pris à tout moment, même juste avant l’allaitement.

Est-ce que l’acétaminophène est sûr pendant l’allaitement ?

Oui, l’acétaminophène est considéré comme sûr. Entre 0,1 et 1,0 % de la dose maternelle passe dans le lait, sans effets observés sur les bébés, même les prématurés. Il est souvent utilisé en combinaison avec l’ibuprofène pour un soulagement optimal.

Pourquoi la codeine est-elle interdite pendant l’allaitement ?

La codeine se transforme en morphine dans le corps, mais chez certaines femmes (environ 1 sur 100), cette transformation est trop rapide. Cela peut entraîner des concentrations dangereuses de morphine dans le lait, provoquant une somnolence extrême, une respiration lente, voire la mort chez le bébé. Ce risque ne peut pas être prédit, donc la codeine est interdite pendant l’allaitement.

Que faire si j’ai pris du tramadol par erreur ?

Arrêtez immédiatement le médicament. Surveillez votre bébé pendant 24 heures : s’il dort excessivement, a du mal à téter, respire lentement ou semble flasque, appelez votre médecin ou rendez-vous aux urgences. Le tramadol peut provoquer une dépression respiratoire grave chez les nourrissons, même à dose normale.

Dois-je pomper et jeter après avoir pris un médicament ?

Non. Cette pratique est obsolète. Les médicaments sûrs comme l’ibuprofène et l’acétaminophène passent en quantités négligeables dans le lait. Pomper et jeter n’apporte aucun bénéfice et peut nuire à votre production de lait. Allaiter normalement est la meilleure option.

14 Commentaires
Danielle Bowern
Danielle Bowern

janvier 12, 2026 AT 18:26

Merci pour ce post, j’ai lu ça en pleurant 😭 J’ai pris du tramadol après ma césarienne et j’ai cru que mon bébé allait mourir… Il dormait comme un mort, pas moyen de le réveiller pour téter. J’ai arrêté tout de suite. Personne ne m’a prévenue. Personne. Merci de dire la vérité.

Marie Linne von Berg
Marie Linne von Berg

janvier 13, 2026 AT 15:11

Je suis infirmière en pédiatrie et je vois trop de mamans stressées parce qu’on leur dit de pomper et jeter… Non, non, non. 💪 Allaiter normalement, c’est la meilleure protection. L’ibuprofène, c’est ton ami. Le tramadol, c’est un piège. Partage ça à toutes les futures mamans ! 🌸

James Fitzalan
James Fitzalan

janvier 13, 2026 AT 22:37

OK mais franchement, pourquoi on laisse les médecins prescrire du codeine si c’est un suicide collectif ? C’est pas de la négligence criminelle ? J’ai une amie dont le bébé est mort à cause de ça. Et le médecin a dit "c’était un cas rare". Rare ? T’as vu le nombre de mamans qui prennent ça ? C’est une tuerie organisée.

Jean-Pierre Vanfürt
Jean-Pierre Vanfürt

janvier 15, 2026 AT 15:59

La FDA ? L’ACOG ? C’est des lobbyistes de Big Pharma. Tu crois vraiment qu’ils veulent que les mamans soient en sécurité ? Non. Ils veulent que tu prennes des médicaments. Tu penses que si c’était vraiment sûr, ils ne te forceraient pas à le prendre en IV ? La vérité ? Ils te mentent. Le lait maternel est un filtre… mais pas pour les toxines. Tu es un laboratoire ambulant pour bébé. Tu penses que c’est normal ?

Mathieu MARCINKIEWICZ
Mathieu MARCINKIEWICZ

janvier 16, 2026 AT 13:30

Je suis papa et j’ai lu ça avec ma femme, on a pleuré ensemble 🥹 J’avais jamais réalisé à quel point c’était compliqué. On a arrêté le tramadol qu’on avait pris par erreur. On a commencé l’ibuprofène + acétaminophène en alternance. Notre bébé respire mieux, il téte mieux. Merci du fond du cœur. Je vais envoyer ça à toute ma famille. Ils pensaient que j’étais fou d’insister pour pas prendre de médos. Maintenant ils comprennent.

André Dellara
André Dellara

janvier 16, 2026 AT 23:16

Je tiens à souligner, avec toute la considération due à ce sujet délicat, que les recommandations citées ici sont fondées sur des données cliniques robustes, validées par des organismes internationaux reconnus. Il est impératif, dans un contexte de santé publique, de privilégier les preuves scientifiques au lieu des anecdotes. L’allaitement, lorsqu’il est soutenu par des traitements appropriés, demeure la norme optimale pour la santé néonatale.

Jacque Meredith
Jacque Meredith

janvier 18, 2026 AT 18:52

Si tu prends du tramadol, t’es une négligente. Point. T’as lu l’article ? Non. T’as juste cliqué sur "je veux pas avoir mal". T’as un bébé, c’est pas un spa. Tu peux pas tout vouloir. Tu veux être bien ? Tu te couches. Tu veux allaiter ? Tu souffres. C’est la vie. 😌

Yannick Lebert
Yannick Lebert

janvier 19, 2026 AT 08:13

ibuprofène = safe ? 😂 Et la rétinopathie du prématuré ? Et la néphrotoxicité ? Tu crois que les bébés ont des test de sang après chaque comprimé ? Non. Parce que personne ne s’en fout. C’est juste un truc que les mamans répètent comme des perroquets. "C’est sûr, c’est sûr"… jusqu’à ce que le bébé ait un arrêt rénal. Allez, on continue de se mentir.

Claire Macario
Claire Macario

janvier 19, 2026 AT 10:06

Il y a une profondeur éthique ici qu’on néglige. Le corps de la mère devient un pont entre deux vies. On parle de doses, de métabolisme, de concentrations… mais on oublie que chaque comprimé est une décision d’attachement. La douleur n’est pas un ennemi à éradiquer. Elle est une communication. Et l’allaitement… c’est un langage. Peut-être que le vrai danger, ce n’est pas le médicament. C’est notre volonté de tout contrôler.

ninon roy
ninon roy

janvier 20, 2026 AT 00:21

Je me suis fait opérer et j’ai pris du codeine… et mon bébé a pas eu de problème. Donc c’est pas si grave que ça. Vous faites trop de bruit.

Frédéric Nolet
Frédéric Nolet

janvier 20, 2026 AT 12:02

Je viens de dire à ma femme de lire ça. Elle a eu une césarienne il y a 3 jours et elle pleurait parce qu’elle avait peur de prendre un truc. Elle a pris de l’ibuprofène hier soir et elle a dormi 5h d’affilée. C’était la première fois depuis la naissance. Merci. On va partager ça sur le groupe des mamans du quartier.

Charles Goyer
Charles Goyer

janvier 20, 2026 AT 15:17

Je trouve ça incroyable que les médecins ne soient pas obligés de faire un test génétique avant de prescrire un opioïde. C’est comme donner un fusil à un enfant et dire "fais attention". C’est de la malpractice. Si tu as un gène CYP2D6 ultra-rapide, tu devrais avoir un bracelet qui dit "NE PAS PRENDRE CODEINE". C’est une question de survie. Pourquoi ça n’existe pas encore ?

jacques ouwerx
jacques ouwerx

janvier 22, 2026 AT 08:42

Je suis content que tu aies mis l’accent sur le "pump and dump". J’ai fait ça pendant 3 jours après ma césarienne. J’étais épuisée, j’ai perdu du lait, j’ai eu des mastites. Et pour quoi ? Pour rien. J’aurais pu allaiter normalement. C’est une honte que les hôpitaux continuent à dire ça.

armand bodag
armand bodag

janvier 22, 2026 AT 20:54

La science est une illusion. Ce que tu appelles "sûr" est une construction sociale. Le lait maternel est un reflet de l’âme de la mère. Les molécules chimiques ne sont que des symboles. Ce qui compte, c’est l’intention. Si tu prends l’ibuprofène avec amour, il est pur. Si tu le prends avec peur, il est toxique. La médecine moderne ne comprend pas cela. Elle ne voit que des doses. Elle ne voit pas les âmes.

Écrire un commentaire