Syndrome hépatorénal : Insuffisance rénale dans les maladies hépatiques avancées
Morgan DUFRESNE 8 janvier 2026 12 Commentaires

Quand le foie tombe en panne, les reins suivent. C’est ce que le syndrome hépatorénal (HRS) nous montre de manière brutale : une défaillance rénale qui n’a rien à voir avec une lésion du rein lui-même, mais qui est directement causée par une maladie hépatique avancée, comme la cirrhose. Ce n’est pas une simple complication. C’est une urgence médicale, souvent fatale si elle n’est pas reconnue à temps.

Qu’est-ce que le syndrome hépatorénal ?

Le syndrome hépatorénal est une forme d’insuffisance rénale fonctionnelle. Cela signifie que les reins ne sont pas endommagés, pas de cicatrices, pas de inflammation, pas de blocage. Ils fonctionnent mal parce que le corps est en train de s’effondrer autour d’eux. Tout part d’un foie gravement endommagé, généralement par une cirrhose. Ce foie ne filtre plus le sang correctement, crée une pression anormale dans les vaisseaux du ventre (hypertension portale), et déclenche une réaction en chaîne qui fait contracter les artères rénales. Résultat : le flux sanguin vers les reins chute de 40 à 50 %. La filtration (débit de filtration glomérulaire) baisse de 60 à 70 %. Les reins ne peuvent plus éliminer les déchets. La créatinine monte. L’urine se raréfie. Et le patient se retrouve en insuffisance rénale aiguë - sans que le rein soit malade.

On estime que 10 % des patients hospitalisés pour une insuffisance hépatique développent ce syndrome. Chez ceux qui ont une maladie du foie à un stade très avancé, ce chiffre grimpe à 40 %. La plupart des cas surviennent chez des adultes de plus de 55 ans.

Deux types, deux urgences différentes

Le syndrome hépatorénal n’est pas un seul diagnostic. Il en existe deux, avec des évolutions et des traitements très différents.

Type 1 : c’est une catastrophe. La créatinine double en moins de deux semaines et dépasse 2,5 mg/dL (221 µmol/L). C’est une dégradation rapide, presque fulgurante. Sans traitement, la survie moyenne est de seulement deux semaines. Ce type est souvent déclenché par une infection, comme une péritonite bactérienne spontanée (35 % des cas), ou une hémorragie digestive (22 %). Il est la principale raison pour laquelle les patients sont mis sur la liste de transplantation du foie.

Type 2 : plus lent, mais tout aussi grave. La créatinine reste entre 1,5 et 2,5 mg/dL. Ce type est presque toujours lié à une ascite réfractaire - un gonflement du ventre qui ne répond pas aux diurétiques, même à fortes doses. Le patient ne meurt pas en quelques jours, mais il ne s’améliore pas non plus. Sa qualité de vie s’effondre. Il est souvent en attente de transplantation, mais son état ne permet pas toujours une intervention rapide.

Comment diagnostiquer le syndrome hépatorénal ?

Il n’y a pas d’analyse unique. Le diagnostic est un processus d’exclusion. On élimine tout ce qui pourrait causer une insuffisance rénale autre que le foie.

On vérifie :

  • La concentration de sodium dans l’urine : elle doit être inférieure à 10 mmol/L (les reins retiennent tout ce qu’ils peuvent)
  • L’osmolalité urinaire : elle doit être plus élevée que celle du plasma (les reins essayent de conserver l’eau)
  • La protéinurie : elle doit être très faible (moins de 500 mg/jour)
  • L’hématurie : pas plus de 50 globules rouges par champ microscopique

On arrête les diurétiques pendant deux jours. On administre 1 gramme par kilo d’albumine intraveineuse (jusqu’à 100 g par jour). Si la créatinine ne baisse pas, on est face à un HRS. Si elle baisse, c’était juste une déshydratation.

Et surtout, on ne confond pas avec une nécrose tubulaire aiguë ou une obstruction urinaire. Ce sont des erreurs courantes. Selon des études, 25 à 30 % des cas sont mal diagnostiqués - souvent parce que les médecins ne connaissent pas les critères précis. Un médecin généraliste a seulement 58 % de chances de bien identifier le syndrome à partir d’un cas clinique.

Médecin observant un patient avec une loupe révélant des reins écrasés par une pression invisible, style cartoon vintage.

Le traitement : un combat contre la pression

Le traitement du syndrome hépatorénal repose sur un seul objectif : rétablir la pression artérielle dans les reins. On ne soigne pas le rein. On soigne le corps qui le prive de sang.

Pour le Type 1, le traitement de référence est une association de terlipressine (un vasoconstricteur) et d’albumine. La terlipressine rétrécit les vaisseaux du ventre, ce qui augmente la pression artérielle et améliore le flux sanguin vers les reins. L’albumine, quant à elle, maintient le volume sanguin. Ce traitement est efficace dans environ 44 % des cas. Mais il a des effets secondaires : spasmes abdominaux, arythmies, ou même des infarctus (22 % des patients). Certains patients doivent réduire la dose parce que la douleur devient insupportable.

En France, la terlipressine n’était pas officiellement autorisée jusqu’en 2022. Depuis, elle est disponible sous le nom de Terlivaz™, mais son prix est exorbitant : environ 1 100 € la seringue. Un traitement de 14 jours coûte plus de 13 000 €. Beaucoup de patients rencontrent des refus d’assurance, même s’ils remplissent les critères internationaux.

Pour le Type 2, la terlipressine est moins efficace. On utilise souvent une combinaison de midodrine (un vasoconstricteur oral) et d’octréotide (un médicament qui réduit la pression portale). Mais cela ne fonctionne que dans 30 à 40 % des cas. Une autre option est le TIPS (shunt portosystémique transjugulaire). C’est une procédure qui dévie le sang du foie pour réduire la pression. Elle améliore la fonction rénale chez 60 à 70 % des patients, mais elle augmente le risque d’encéphalopathie hépatique (confusion, somnolence) de 30 %.

La transplantation : la seule solution durable

Tous les traitements médicaux sont temporaires. Le seul moyen de guérir complètement le syndrome hépatorénal, c’est de remplacer le foie malade par un foie sain.

Les données sont claires : sans transplantation, la survie à un an pour le Type 1 est de 18 % avec un traitement de soutien. Avec la terlipressine et l’albumine, elle monte à 39 %. Mais avec une transplantation, elle passe à 71 %.

Depuis 2022, les critères d’attribution des greffes (MELD-Na) ont été mis à jour pour donner plus de priorité aux patients avec HRS. Ceux qui ont un score MELD-Na de 28 ou plus sont souvent placés en haut de la liste. Les centres de transplantation en Europe recommandent désormais de mettre en liste tout patient atteint de Type 1, même si le traitement médical a fait baisser la créatinine. Pourquoi ? Parce que la rémission rénale est souvent temporaire. Le foie reste malade. La récidive est inévitable sans greffe.

File d'attente pour greffe du foie : un patient avance vers une greffe, un autre bloqué par des coûts élevés et une ascite.

Les défis actuels : retard, coût et inégalités

Malgré les progrès, les patients souffrent encore de retards diagnostiques. Une enquête menée en 2022 auprès de 312 patients et aidants a montré que 78 % ont attendu plus de 7 jours avant d’être correctement diagnostiqués. 63 % ont été mal diagnostiqués au moins une fois.

Les inégalités sont criantes. Dans les pays à revenu élevé, 63 % des patients reçoivent un traitement vasopresseur. Dans les pays d’Afrique subsaharienne, ce chiffre tombe à 11 %. La plupart ne reçoivent que de l’hydratation et des diurétiques - des mesures qui ne changent rien à l’évolution fatale de la maladie.

Les hôpitaux universitaires ont des protocoles clairs. Les hôpitaux de province, souvent, non. Il n’y a pas de formation systématique sur le HRS pour les médecins généralistes. Et pourtant, c’est une urgence. Chaque jour de retard réduit les chances de survie.

Que nous réserve l’avenir ?

Des recherches sont en cours pour trouver des marqueurs plus précoces. L’un d’eux, le NGAL (neutrophil gelatinase-associated lipocalin), pourrait détecter le syndrome hépatorénal avant même que la créatinine ne monte. Un essai clinique (PROGRESS-HRS) teste actuellement si ce biomarqueur peut prédire l’apparition de l’HRS chez les patients à risque.

De nouveaux médicaments sont aussi en développement. Des molécules ciblant les récepteurs de la vasopressine, ou des dispositifs comme l’alfapump (une pompe implantée pour drainer l’ascite), pourraient offrir de nouvelles options, surtout pour le Type 2.

Les experts estiment que si ces traitements réussissent, ils pourraient réduire la mortalité liée au HRS de 30 à 40 % d’ici 2027. Mais cela ne servira à rien si les patients n’y ont pas accès.

Le syndrome hépatorénal n’est pas une maladie isolée. C’est le signe que le corps est en train de perdre son équilibre. Le foie est le moteur. Les reins sont le filtre. Quand l’un tombe, l’autre suit. La seule solution durable, c’est de remplacer le moteur. Mais tant qu’on ne le fait pas à temps, chaque jour compte.

Le syndrome hépatorénal est-il une maladie du rein ?

Non. Le syndrome hépatorénal n’est pas une maladie du rein. Les reins ne sont pas endommagés au niveau cellulaire ou structurel. Leur fonction décline à cause d’un déséquilibre circulatoire provoqué par une maladie hépatique avancée, comme la cirrhose. C’est une insuffisance rénale fonctionnelle, pas organique.

Quelle est la différence entre le Type 1 et le Type 2 du syndrome hépatorénal ?

Le Type 1 évolue rapidement : la créatinine double en moins de deux semaines et dépasse 2,5 mg/dL. C’est une urgence vitale. Le Type 2 est plus lent : la créatinine reste entre 1,5 et 2,5 mg/dL et est généralement associée à une ascite réfractaire. Le Type 1 menace la vie en jours, le Type 2 en mois ou années.

La terlipressine est-elle disponible en France ?

Oui, depuis décembre 2022, la terlipressine est autorisée en France sous le nom commercial Terlivaz™ pour traiter le Type 1 du syndrome hépatorénal. Elle est administrée par voie intraveineuse et est combinée à de l’albumine. Son coût est élevé - environ 13 000 € pour un traitement de 14 jours - ce qui peut poser des problèmes de remboursement.

Pourquoi la transplantation du foie est-elle la seule solution définitive ?

Parce que le syndrome hépatorénal est causé par une maladie du foie. Tous les traitements médicaux améliorent temporairement la fonction rénale en corrigeant les déséquilibres circulatoires, mais ils ne guérissent pas la cause profonde : le foie cirrhotique. Seule une greffe de foie sain peut restaurer la circulation normale et permettre aux reins de retrouver leur fonction.

Quels sont les facteurs qui déclenchent le syndrome hépatorénal ?

Les principaux déclencheurs sont les infections (notamment la péritonite bactérienne spontanée, dans 35 % des cas), les hémorragies digestives (22 %), et l’alcoolisme aigu (11 %). Les diurétiques mal dosés, les traitements anti-inflammatoires, et une déshydratation peuvent aussi précipiter l’apparition du syndrome chez un patient déjà à risque.

Le syndrome hépatorénal peut-il réapparaître après une greffe ?

Rarement. Une fois le foie greffé et qu’il fonctionne correctement, la pression portale diminue, la circulation sanguine se normalise, et la fonction rénale revient généralement à la normale en quelques jours ou semaines. Dans moins de 5 % des cas, une insuffisance rénale persiste, mais elle est alors due à d’autres causes (lésions rénales antérieures, toxicité des médicaments anti-rejet), et non à un nouveau syndrome hépatorénal.

12 Commentaires
jacques ouwerx
jacques ouwerx

janvier 9, 2026 AT 16:44

C’est fou comment on peut ignorer une urgence aussi claire pendant des semaines… J’ai vu un pote avec une cirrhose passer à côté du diagnostic pendant 3 mois. Il a failli y rester. Le HRS, c’est pas une option, c’est une alarme rouge qui sonne dans le corps.
Et pourtant, les généralistes, ils ont pas le temps, pas la formation, ou juste pas la volonté de creuser. C’est triste.
Chaque jour perdu, c’est une chance de survie en moins.

armand bodag
armand bodag

janvier 10, 2026 AT 08:49

Le syndrome hépatorénal est une démonstration par l’absurde de la manière dont la médecine moderne se perd dans les détails. On traite la créatinine, on injecte de l’albumine, on prescrit des vasoconstricteurs… mais on ne traite jamais la cause : un foie en décomposition. C’est comme réparer un moteur en nettoyant le filtre à air. Le problème, c’est que le moteur est en train de fondre.
La greffe n’est pas un traitement, c’est un aveu d’échec systémique.

Mathieu MARCINKIEWICZ
Mathieu MARCINKIEWICZ

janvier 11, 2026 AT 19:42

je sais pas si vous avez vu le truc sur les nouveaux biomarqueurs comme le NGAL… j’ai lu un truc en anglais qui disait qu’on pourrait détecter le HRS avant que la créatinine monte du tout
ça change tout franchement
parce que là on attend que le corps crie pour agir, mais si on pouvait voir avant que ça commence…
je veux dire, imaginez si on pouvait protéger les reins avant qu’ils se mettent à paniquer
et oui j’ai pas de diplôme mais j’ai lu des études et j’ai un cousin qui est en attente de greffe
ça me touche profondément
❤️

Jacque Meredith
Jacque Meredith

janvier 12, 2026 AT 01:58

13 000 € pour une seringue. Et vous vous étonnez que les gens meurent ?
La France prétend être un pays humaniste. C’est une blague. On laisse mourir les pauvres pour économiser sur les médicaments.
Terlivaz™ ? C’est un nom de produit marketing pour un scandale sanitaire.
Les assureurs refusent. Les hôpitaux hésitent. Les patients agonisent.
Et les médecins ? Ils signent les papiers. C’est ça, la morale moderne.

Yannick Lebert
Yannick Lebert

janvier 12, 2026 AT 15:08

On est en 2024 et on traite une insuffisance rénale en injectant du vasoconstricteur comme si on réparait un radiateur avec du scotch.
Et vous croyez que la greffe va tout régler ?
Attendez qu’on vous dise que le nouveau foie va aussi finir par se casser parce que le patient continue à boire.
On soigne pas les conséquences, on soigne les causes… mais non, on préfère faire payer les gens pour qu’ils meurent plus lentement.
😂

Claire Macario
Claire Macario

janvier 13, 2026 AT 16:35

Il est important de noter que le syndrome hépatorénal, bien qu’il soit une urgence, reste sous-diagnostiqué dans les zones rurales et les établissements sans unité hépatologique spécialisée.
La formation continue des professionnels de santé est un levier critique, mais négligé.
Les protocoles existent, mais leur diffusion est inégale.
Il faudrait une campagne nationale, pas juste des articles techniques.
Et surtout, il faut impliquer les patients dans la reconnaissance des signaux d’alerte.
La connaissance, c’est la première ligne de défense.

ninon roy
ninon roy

janvier 15, 2026 AT 14:19

Le type 2 c’est la torture lente. Tu vis avec un ventre qui grossit, tu peux plus bouger, tu te sens comme un ballon, et personne te dit que c’est grave parce que tu vas pas mourir demain.
Alors on te donne des pilules et on te dit d’attendre.
Attendez quoi ? La mort ?

Frédéric Nolet
Frédéric Nolet

janvier 16, 2026 AT 23:24

Je travaille dans un centre de transplantation à Lyon et je peux vous dire que la liste d’attente est une tragédie.
On a des patients avec un MELD-Na à 35 qui attendent 6 mois.
Et pendant ce temps, ils perdent tout : leur travail, leur famille, leur espoir.
On a un patient qui a fait 3 tentatives de traitement avec terlipressine avant d’être mis en liste.
Il a perdu 20 kilos.
Il est vivant aujourd’hui, mais il a failli mourir parce que le système a mis trop de temps à réagir.
On a besoin de plus de dons, plus de moyens, plus de courage.

Charles Goyer
Charles Goyer

janvier 17, 2026 AT 18:17

Vous savez quoi ? La terlipressine, c’est pas un médicament. C’est un test de moralité.
Si tu as de l’argent, tu vis.
Si tu es pauvre, tu meurs en attendant qu’un bureaucrate signe un formulaire.
Et on parle encore de « système de santé » comme si c’était un service public.
Non. C’est un marché. Et les malades, c’est les produits défectueux qu’on élimine.
Je suis triste. Mais pas surpris.

Arnaud Bourgogne
Arnaud Bourgogne

janvier 18, 2026 AT 16:36

Je suis sûr que tout ça c’est un coup des pharmas. Terlivaz™ ? C’est une invention pour faire du fric sur les pauvres.
Et la greffe ? Tu crois qu’ils veulent vraiment guérir les gens ? Non. Ils veulent que tu reviennes chaque mois pour payer les anti-rejet.
Regarde les chiffres : les malades qui ont une greffe meurent quand même dans 30 % des cas.
Ça sent le piège.
Et les biomarqueurs ? Des trucs pour vendre encore plus d’analyses.
La vérité ? Le foie, c’est pas une machine. C’est un organe. Et quand il est mort, il est mort. Point.
Les médecins, ils font juste semblant de comprendre.

Marie Linne von Berg
Marie Linne von Berg

janvier 18, 2026 AT 21:14

Je suis infirmière en hépatologie et chaque jour je vois des gens qui n’ont jamais entendu parler du HRS…
Je leur explique, je leur donne des fiches, je leur montre des vidéos en français simple.
Un jour, une femme m’a dit : « Je pensais que c’était juste une rétention d’eau ».
Elle avait 67 ans.
Je me dis que si on pouvait former chaque médecin généraliste, chaque pharmacien, chaque aide-soignant… on sauverait des vies.
❤️ On peut faire la différence. Un mot. Une explication. Une écoute.
On est plus que des techniciens. On est des humains.

Danielle Bowern
Danielle Bowern

janvier 20, 2026 AT 05:00

mon père a eu le type 2… il a attendu 11 mois pour une greffe… pendant ce temps, il a perdu la capacité de marcher
les médicaments le rendaient malade…
et le pire, c’est qu’il n’a jamais eu de réponse claire à la question : « ça va aller ? »
les médecins disaient toujours « on espère »
je déteste ce mot
❤️

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