Beaucoup pensent que si un produit est « naturel », il est forcément sûr. Ce n’est pas vrai. Les remèdes à base de plantes et les suppléments vendus comme des alternatives douces aux médicaments peuvent causer des effets secondaires graves - parfois mortels. Et contrairement aux médicaments prescrits, ils ne sont pas testés rigoureusement avant d’être mis sur le marché. Alors, quels sont ceux qui fonctionnent vraiment ? Et lesquels risquent de vous faire plus de mal que de bien ?
Les suppléments ne sont pas des bonbons
Le marché des suppléments naturels vaut plus de 34 milliards de dollars en 2022, et il continue de croître. Pourquoi ? Parce que les gens veulent éviter les médicaments chimiques. Mais ce désir de « naturel » cache un danger réel. Une étude de la Journal of the American Medical Association en 2016 a montré que les plantes médicinales peuvent provoquer des réactions allant de simples maux de tête à des crises cardiaques, des lésions hépatiques, voire la mort.
Prenons l’exemple de l’éphédra. Ce supplément, utilisé pour la perte de poids et l’énergie, a été retiré du marché américain en 2004 après plus de 800 signalements d’effets graves. Parmi eux, 56 % des cas concernaient des personnes de moins de 40 ans. Des crises cardiaques, des AVC, des décès. Et tout ça à des doses aussi faibles que 1 à 5 mg par jour. L’agence américaine de la santé a conclu : il n’existe probablement pas de dose « sûre ».
En France, vous ne trouverez pas d’éphédra en vente libre - mais d’autres plantes, moins connues, peuvent faire pareil. Le radis de Bupleurum, utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise, peut provoquer des saignements urinaires, des envies urgentes d’uriner, et même des réactions allergiques. La dose thérapeutique est de 9 g pour 60 kg. Mais si vous en prenez plus, ou pendant trop longtemps, le risque augmente. Et personne ne vous le dit sur l’étiquette.
Le foie, premier cible des suppléments
Le foie est l’organe qui traite tout ce que vous avalez. Et il est particulièrement vulnérable aux plantes. Selon des données de la Nature, entre 1 et 5 personnes sur 10 000 qui prennent des remèdes à base de plantes développent une lésion hépatique. Les femmes de plus de 50 ans sont les plus touchées.
Le black cohosh, souvent pris pour les bouffées de chaleur pendant la ménopause, est un cas d’école. Certaines formulations, comme Remifemin®, semblent efficaces et relativement sûres. Mais d’autres produits, moins contrôlés, contiennent des contaminants. Une étude du Cleveland Clinic a montré que les cas de dommages hépatiques rapportés étaient souvent liés à des impuretés, pas à la plante elle-même. Mais comment savoir si votre bouteille est propre ? Vous ne le pouvez pas. Les fabricants ne sont pas obligés de le prouver.
Le foie ne fait pas de bruit jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Pas de douleur, pas de symptômes évidents. Juste une fatigue persistante, une peau jaunâtre, des urines foncées. Si vous prenez des suppléments et que vous avez ces signes, consultez un médecin. Immédiatement.
Les interactions : le piège invisible
Vous prenez un anticoagulant ? Un traitement contre le cancer ? Une pilule contraceptive ? Vous croyez que les plantes ne touchent pas vos médicaments ? Vous vous trompez.
Le St. John’s wort (millepertuis) est l’un des coupables les plus connus. Il active une enzyme du foie, le CYP3A4, qui dégrade les médicaments trop vite. Résultat : votre pilule contraceptive perd jusqu’à 24 % de son efficacité. Votre traitement contre la dépression ou le VIH devient inefficace. Des cas de grossesses non désirées et de rechutes virales ont été documentés.
Le ginkgo biloba et le cranberry augmentent le risque de saignement quand ils sont pris avec de la warfarine ou de l’aspirine. Un patient sur 50 qui combine ces produits risque une hémorragie interne. Et pourtant, beaucoup les prennent pour « améliorer la mémoire » ou « fluidifier le sang » sans parler à leur médecin.
Le lierre grimpant (liquorice) est présent dans 75 % des formules herbales japonaises. Il peut provoquer une pseudo-hyperaldostéronisme : rétention d’eau, hypertension, baisse du potassium, convulsions. Jusqu’à 3 % des consommateurs sont touchés. Et encore une fois, personne ne le mentionne sur l’emballage.
Les suppléments les plus étudiés - et leurs vrais risques
Voici ce que les preuves scientifiques disent réellement de cinq suppléments populaires :
- Échinacée : Peut réduire légèrement la durée d’un rhume, mais n’a aucun effet prouvé sur la prévention. Risque : réactions allergiques chez les personnes sensibles aux fleurs de la famille des astéracées (pissenlits, ragweed, chrysanthèmes).
- Black cohosh : Peut aider pour les bouffées de chaleur - mais seulement avec certaines préparations. Risque : lésions hépatiques rares, souvent dues à la contamination.
- Ginkgo biloba : Pas efficace pour prévenir la démence. Risque : saignements, surtout avec les anticoagulants.
- Curcuma : Anti-inflammatoire modéré. Risque : peut irriter l’estomac, et en grande quantité, perturber la fonction hépatique.
- St. John’s wort : Peut aider pour la dépression légère, mais pas pour les cas sévères. Risque : interactions dangereuses avec 50+ médicaments, dont les contraceptifs, les antidépresseurs, les médicaments du VIH et du cancer.
Le problème ? Ces données ne sont pas sur les étiquettes. Vous achetez un supplément pour « soulager » quelque chose, mais vous ne savez pas ce que contient réellement la capsule. Des analyses indépendantes ont révélé que 20 à 30 % des produits contiennent des métaux lourds, des pesticides, ou des plantes totalement différentes de celles annoncées.
Qui est le plus à risque ?
Les personnes âgées. Les femmes enceintes. Les personnes avec des maladies chroniques. Les patients sous traitement médical.
À partir de 65 ans, le foie et les reins ne filtrent plus aussi bien. Les composés des plantes s’accumulent dans l’organisme. Un supplément qui allait bien à 40 ans peut devenir toxique à 70. La JAMA le confirme : la capacité à éliminer les substances naturelles diminue avec l’âge.
Les femmes enceintes doivent faire extrêmement attention. Certaines plantes peuvent provoquer des contractions utérines, des malformations fœtales, ou des saignements. Le fenouil, par exemple, est souvent utilisé pour la digestion - mais il peut agir comme un œstrogène. Le romarin peut augmenter la pression artérielle. Le gingembre, bien qu’utile pour les nausées, peut interférer avec la coagulation.
Et si vous avez une maladie auto-immune - comme la sclérose en plaques, le lupus ou la maladie de Crohn - évitez l’échinacée, le ginseng, ou la réglisse. Ces plantes peuvent stimuler le système immunitaire… et déclencher une poussée de votre maladie.
Que faire ? La règle d’or
Voici ce que vous devez faire, maintenant :
- Dites toujours à votre médecin ce que vous prenez, même si c’est « juste une plante ». Ne dites pas « je prends de la camomille » - dites « je prends un supplément de camomille, 2 gélules par jour depuis 3 mois ».
- Ne combinez jamais un supplément avec un médicament sans vérification. Même si c’est « naturel ».
- Choisissez des marques reconnues : celles qui testent leurs produits pour contaminants (recherchez les certifications USP, NSF, ou ConsumerLab).
- Évitez les produits trop bon marché. Si c’est trop cher, c’est peut-être un médicament. Si c’est trop bon marché, c’est peut-être une contamination.
- Arrêtez tout si vous avez une nouvelle fatigue, une peau jaune, des urines foncées, des saignements inhabituels, ou des palpitations.
Il n’y a pas de « remède naturel » magique. Certains peuvent aider. Mais la plupart sont inutiles, voire dangereux. Et aucun ne remplace un suivi médical.
Et la réglementation ?
En Europe, l’Agence européenne des médicaments exige des preuves de sécurité et d’usage traditionnel pour approuver une plante. Aux États-Unis, la loi DSHEA de 1994 interdit à la FDA de demander des tests avant la vente. Cela signifie que vous êtes le cobaye. Le fabricant n’a pas besoin de prouver que votre supplément est sûr. Il doit seulement prouver que vous ne le voyez pas comme un médicament.
Les entreprises profitent de ce vide. Elles vendent des produits avec des noms qui sonnent scientifiques - « formule brevetée », « extraits concentrés » - sans aucune validation. La seule protection que vous avez ? Votre bon sens, et votre médecin.
Conclusion : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas
Les remèdes naturels ne sont pas des ennemis. Mais ils ne sont pas non plus des alliés innocents. Leur efficacité est souvent exagérée. Leur risque, sous-estimé.
Si vous voulez essayer un supplément, faites-le avec prudence. Et surtout, ne le faites pas seul. Votre santé ne se négocie pas sur une étagère de pharmacie. Elle se construit avec des preuves, pas avec des promesses.
La prochaine fois que vous voyez une publicité pour un « remède naturel contre les effets secondaires », demandez-vous : est-ce que cette plante a été testée contre un placebo ? Est-ce qu’elle a été analysée pour des contaminants ? Est-ce que mon médecin en sait quelque chose ?
Si la réponse est non - alors vous n’êtes pas en train de vous soigner. Vous êtes en train de jouer à la roulette russe avec votre foie, votre cœur, et votre santé.
Les suppléments naturels sont-ils plus sûrs que les médicaments ?
Non. Les suppléments naturels ne sont pas plus sûrs. Beaucoup sont moins réglementés, ce qui signifie qu’ils peuvent contenir des contaminants, des doses inconnues, ou des substances dangereuses. Des plantes comme l’éphédra ou le St. John’s wort ont causé des crises cardiaques, des lésions hépatiques et des interactions mortelles avec des médicaments. La sécurité ne dépend pas de l’origine « naturelle », mais de la qualité, de la dose et des interactions.
Puis-je prendre du curcuma si je prends un anticoagulant ?
Non, pas sans avis médical. Le curcuma peut augmenter le risque de saignement, surtout en combinaison avec la warfarine, l’aspirine ou le clopidogrel. Même à faible dose, il peut affaiblir la capacité du sang à coaguler. Si vous avez une maladie cardiaque, un anticoagulant ou une histoire de saignements, évitez-le ou parlez-en à votre médecin avant.
Le black cohosh est-il sûr pour les femmes ayant eu un cancer du sein ?
Les données actuelles ne montrent pas que le black cohosh stimule le cancer du sein. Cependant, les études sont limitées. Le Cleveland Clinic recommande de ne pas le prendre sans consulter un oncologue. Même si le risque théorique est faible, il vaut mieux éviter tout risque inutile, surtout après un cancer hormono-dépendant.
Pourquoi les suppléments ne sont-ils pas testés comme les médicaments ?
Aux États-Unis, la loi DSHEA de 1994 classe les suppléments comme des aliments, pas comme des médicaments. Cela signifie que les fabricants n’ont pas besoin de prouver leur sécurité ou leur efficacité avant de les vendre. La FDA ne peut intervenir qu’après qu’un produit a causé des dommages. En Europe, les règles sont plus strictes, mais la qualité varie encore beaucoup selon les pays.
Comment savoir si un supplément est de bonne qualité ?
Recherchez les certifications indépendantes : USP, NSF, ou ConsumerLab. Ces labels signifient que le produit a été testé pour sa composition, sa pureté et sa dose. Évitez les produits sans nom de fabricant, sans lot, ou avec des affirmations trop belles : « guérit tout », « 100 % naturel », « sans effets secondaires ». Ce sont des signes d’arnaque.
Quels sont les signes d’une réaction négative à un supplément ?
Fatigue inhabituelle, peau ou yeux jaunes, urines foncées, douleur abdominale, nausées persistantes, saignements anormaux, palpitations, étourdissements ou réactions cutanées (éruptions, démangeaisons). Si vous les remarquez après avoir commencé un nouveau supplément, arrêtez-le immédiatement et consultez un médecin. Signalez l’effet sur le site de la FDA (www.safetyreporting.hhs.gov) ou sur votre système de santé local.
Prochaines étapes
Si vous prenez déjà des suppléments :
- Écrivez une liste de tout ce que vous prenez - y compris les plantes, les vitamines, les huiles.
- Apportez-la à votre médecin lors de votre prochaine consultation.
- Demandez : « Est-ce que cela peut interagir avec mes médicaments ? »
- Supprimez tout ce que vous ne pouvez pas justifier avec une preuve scientifique.
Si vous voulez essayer quelque chose de nouveau :
- Ne commencez qu’un supplément à la fois.
- Attendez au moins deux semaines pour voir s’il y a un effet - bon ou mauvais.
- Ne le prenez pas plus longtemps que recommandé.
- Ne le combinez jamais avec d’autres suppléments ou médicaments sans avis.
La santé ne se construit pas avec des pilules magiques. Elle se construit avec des choix éclairés. Et le meilleur choix, c’est de parler à un professionnel avant d’ingérer quoi que ce soit.