Qu’est-ce qu’une infection cutanée bactérienne ?
Une infection cutanée bactérienne, c’est quand des bactéries pénètrent dans la peau par une petite plaie, une égratignure, une piqûre d’insecte ou même une zone de peau sèche. Ce n’est pas une simple éruption : c’est une invasion active qui peut se propager rapidement. Deux formes sont particulièrement courantes : l’impétigo et la cellulite. Elles sont souvent confondues, mais elles touchent des couches différentes de la peau, ont des causes distinctes, et nécessitent des traitements bien différents.
Impétigo : la contamination facile
L’impétigo, surnommé « plaies d’école », touche surtout les enfants entre 2 et 5 ans. Il est hautement contagieux : une poignée de main, un jouet partagé, une serviette utilisée par un enfant infecté - et le tour est joué. Dans 95 % des cas, c’est le Staphylococcus aureus qui est en cause, parfois en association avec un Streptococcus pyogenes. Ce n’est plus la même bactérie qu’il y a 30 ans : les souches actuelles produisent presque toutes une enzyme qui détruit la pénicilline, ce qui rend ce traitement inutile dans 68 % des cas.
Il existe deux formes. La plus fréquente (70 %), l’impétigo non bulleux, commence par de petites vésicules rouges qui se transforment en pustules, puis en érosions recouvertes d’une croûte jaune miel. C’est cette croûte caractéristique qu’on reconnaît sur le visage, surtout autour du nez et de la bouche. L’impétigo bulleux, lui, touche les bébés de moins de 2 ans. Il se manifeste par de grandes cloques (2 à 5 cm) à paroi fine, qui éclatent rapidement, laissant une surface humide entourée d’un anneau de peau restant intact.
Le diagnostic est presque toujours clinique : un médecin voit la lésion et c’est suffisant. Une prise de culture n’est nécessaire que si le traitement échoue ou s’il y a une épidémie dans une crèche. Les lésions guérissent en 10 à 14 jours, mais peuvent laisser des taches plus claires sur la peau. Dans 1 à 5 % des cas, surtout si c’est un streptocoque, cela peut déclencher une glomérulonéphrite aiguë après l’infection - une complication rénale rare mais sérieuse.
Cellulite : l’infection qui monte en profondeur
La cellulite, elle, ne se contente pas de la surface. Elle envahit la peau et les tissus sous-jacents, jusqu’au tissu graisseux. C’est une infection plus grave, souvent d’origine endogène : une coupure, une mycose des pieds, une piqûre, une écorchure - tout ce qui brise la barrière cutanée peut devenir une porte d’entrée. Chez les adultes, 70 % des cas touchent les jambes, et 92 % sont unilatéraux. Chez les enfants, les bras et le visage sont plus fréquemment concernés.
Le signe le plus visible ? Une zone rouge, chaude, douloureuse, enflée, avec des bords flous. Contrairement à l’impétigo, il n’y a pas de croûte. La peau semble brûlée, tendue, et la zone s’étend souvent de plusieurs centimètres par jour. Le risque ? Que la bactérie entre dans le sang : 5 à 9 % des cas évoluent en bactériémie. Dans 0,3 % des cas, cela devient une fasciite nécrosante - une urgence médicale qui peut entraîner l’amputation ou la mort.
Les bactéries en cause sont différentes : 60 à 80 % des cellulites sont dues au Streptococcus pyogenes, et 20 à 30 % au Staphylococcus aureus. Les personnes à risque ? Les diabétiques (3,2 fois plus de risques), les obèses (2,7 fois), et celles avec une insuffisance veineuse chronique (4,5 fois). La cellulite n’est pas contagieuse : vous ne la attrapez pas d’un enfant qui en a.
Antibiotiques : choisir le bon, au bon moment
Le traitement dépend entièrement de la gravité et de la localisation.
Pour l’impétigo localisé (moins de 5 lésions), la première ligne est topique : de la mupirocine (Bactroban) appliquée 3 fois par jour pendant 5 jours. Après avoir nettoyé les croûtes avec de l’eau tiède et du savon, on applique la pommade directement sur la peau. 92 % des cas guérissent avec ce traitement. Si l’impétigo est étendu, bulleux, ou qu’il y a des complications, on passe aux antibiotiques oraux : cephalexine (25 à 50 mg/kg/jour en 2 à 4 prises) pendant 7 jours.
Pour la cellulite, c’est différent. Même une petite zone rouge nécessite un antibiotique oral. Les plus courants : cephalexine ou dicloxacilline, 500 mg toutes les 6 heures pendant 5 à 14 jours. Si la peau est très chaude, la fièvre dépasse 38,3 °C, ou que la zone s’étend rapidement, il faut passer à des antibiotiques par voie intraveineuse : cefazoline 1 à 2 g toutes les 8 heures, avec hospitalisation. Dans les régions où le MRSA (staphylocoque résistant à la méthicilline) est fréquent - et il l’est de plus en plus - on utilise du doxycycline ou du triméthoprime/sulfaméthoxazole, avec un taux de réussite de 85 à 90 %.
La résistance aux antibiotiques est un problème majeur. Aux États-Unis, 50 % des infections cutanées à staphylocoque sont désormais dues au MRSA. En France, les taux varient entre 20 et 35 % selon les zones. C’est pourquoi il ne faut jamais prescrire de la pénicilline pour une infection cutanée suspectée : elle est presque toujours inefficace.
Quand s’inquiéter ? Les signes d’alerte
Il y a des signes qui ne trompent pas :
- Fièvre supérieure à 38,3 °C
- Une zone rouge qui s’étend de plus de 2 cm par jour
- Des cloques, une peau qui se décolle comme brûlée (syndrome de la peau ébouillantée)
- Une douleur intense, une sensation de chaleur qui monte vers le cœur
- Une fatigue soudaine, des frissons, une confusion
Le syndrome de la peau ébouillantée (SSSS), dû à une toxine du staphylocoque, touche surtout les nourrissons. La peau se détache en grandes plaques, comme après un coup de soleil grave. Le taux de mortalité est de 2 à 5 % même avec traitement. Si votre enfant a cela, appelez immédiatement le 15 ou le 112.
Prévention : comment éviter la contamination
La prévention est simple, mais souvent négligée.
- Ne partagez jamais les serviettes, les vêtements ou les jouets avec quelqu’un qui a une infection cutanée.
- Lavez-vous les mains régulièrement, surtout après avoir touché une lésion.
- Nettoyez toute plaie, même minuscule, avec du savon et de l’eau, puis désinfectez-la.
- Si votre enfant a de l’impétigo, il doit rester à la maison pendant au moins 24 heures après le début du traitement, ou jusqu’à ce que les croûtes soient sèches.
- En cas d’épidémie dans une école ou une crèche, utilisez un savon antibactérien pendant 1 à 2 semaines.
- Soignez les mycoses des pieds : elles sont une porte d’entrée majeure pour la cellulite chez les adultes.
Les nouvelles pistes de traitement
La recherche avance. Un nouvel antibiotique topique, le retapamulin (Altabax), a montré 94 % d’efficacité chez 1 200 enfants dans un essai clinique récent. Il pourrait devenir une alternative à la mupirocine, surtout là où la résistance augmente.
Les diagnostics rapides sont aussi en développement. Des tests en laboratoire portatif, capables d’identifier la bactérie et sa résistance en moins de 30 minutes, sont en cours de validation. Leur objectif ? Éviter les traitements inutiles. Actuellement, 40 % des antibiotiques prescrits pour les infections cutanées sont inappropriés - soit parce qu’ils ne ciblent pas la bonne bactérie, soit parce qu’ils sont inutiles pour une infection virale ou fongique.
L’Académie américaine de dermatologie veut réduire de 30 % les prescriptions inutiles d’antibiotiques d’ici 2027. C’est une question de santé publique : chaque surprescription accélère la résistance mondiale.
Différences clés à retenir
| Caractéristique | Impétigo | Cellulite |
|---|---|---|
| Profondeur de l’infection | Épiderme uniquement | Dermis et tissu sous-cutané |
| Bactérie principale | Staphylococcus aureus (80-90 %) | Streptococcus pyogenes (60-80 %) |
| Contagieux ? | Oui, très | Non |
| Signe typique | Croûte jaune miel | Zone rouge, chaude, floue |
| Localisation fréquente | Visage (nez, bouche) | Jambes (adultes), bras (enfants) |
| Traitement de première ligne | Mupirocine topique | Antibiotique oral (cephalexine) |
| Temps avant non-contagiosité | 24 heures après traitement | N/A (non contagieux) |
| Complication majeure | Glomérulonéphrite | Bactériémie, fasciite nécrosante |
Questions fréquentes
L’impétigo peut-il revenir après guérison ?
Oui, surtout si les conditions de transmission persistent : enfant dans une crèche, mauvaise hygiène, peau sèche ou eczéma non traité. Le risque est plus élevé chez les enfants ayant des antécédents d’eczéma ou des problèmes immunitaires. Une bonne hygiène et le traitement des lésions cutanées préexistantes réduisent ce risque.
Puis-je utiliser des remèdes naturels pour soigner l’impétigo ?
Non. Les huiles essentielles, le miel ou les compresses chaudes ne tuent pas les bactéries responsables. Elles peuvent même aggraver l’infection en irritant la peau ou en retardant le traitement. L’impétigo est une infection bactérienne : elle nécessite un antibiotique. Ne laissez pas passer du temps à essayer des remèdes non validés.
Pourquoi mon enfant a-t-il eu de l’impétigo alors qu’il est propre ?
La propreté n’est pas la seule cause. L’impétigo se transmet par contact direct, même sans saleté. Un enfant qui se gratte une égratignure, puis touche un jouet, peut le contaminer. Les enfants de 2 à 5 ans ont la peau plus fine, et leur système immunitaire est encore en développement. C’est une infection liée à l’âge et à l’environnement, pas à l’hygiène personnelle.
La cellulite peut-elle disparaître toute seule sans antibiotique ?
Rarement, et c’est extrêmement risqué. Même une petite cellulite peut se propager en quelques heures. Sans traitement, elle peut entraîner une infection du sang, une nécrose des tissus ou un choc septique. Ne jamais attendre. Si vous voyez une zone rouge qui s’étend, consultez dans les 24 heures.
Les antibiotiques prescrits pour la cellulite sont-ils dangereux pour les reins ?
Les antibiotiques courants comme la cephalexine ou la dicloxacilline sont généralement bien tolérés par les reins. Le vrai risque, c’est de ne pas les prendre : une cellulite non traitée peut endommager les reins par infection du sang. Si vous avez des antécédents rénaux, informez votre médecin : il ajustera la dose. Mais ne refusez pas le traitement par peur des effets secondaires.
Prochaines étapes
Si vous avez une lésion suspecte : notez la taille, la couleur, la douleur, et si elle change d’heure en heure. Prenez une photo si possible. Consultez un médecin dans les 24 heures - surtout si vous êtes adulte, diabétique, ou si vous avez une fièvre. Ne prenez pas d’antibiotique sans ordonnance : un traitement mal choisi peut rendre la prochaine infection plus difficile à traiter.
Si vous êtes parent : apprenez à reconnaître la croûte jaune miel de l’impétigo. C’est le signe le plus fiable. Et surtout, ne laissez pas votre enfant retourner à l’école avant 24 heures après le début du traitement - même si les lésions semblent mieux. La contagion peut durer plus longtemps qu’on ne le pense.
janvier 9, 2026 AT 21:55
Merci pour ce résumé ultra clair ! 🌟 Je viens de reconnaître un impétigo chez ma nièce - on a commencé la mupirocine hier et déjà, ça s’assèche. La peau des petits, c’est fragile mais résiliente !