Fluoroquinolones et NSAIDs : Le vrai risque de rupture tendineuse
Morgan DUFRESNE 3 février 2026 1 Commentaires

Quand un médecin vous prescrit un antibiotique comme la ciprofloxacine ou la lévofloxacine, vous vous attendez à guérir une infection. Mais derrière cette promesse, se cache un risque silencieux : la rupture tendineuse. Et contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène qui amplifient ce risque - c’est l’antibiotique lui-même, et surtout certains d’entre eux.

Le danger vient de l’antibiotique, pas des anti-inflammatoires

Beaucoup pensent que prendre un anti-inflammatoire (NSAID) en même temps qu’un fluoroquinolone augmente le risque de rupture du tendon d’Achille. Ce n’est pas vrai. Aucune étude sérieuse n’a démontré que les NSAIDs, comme le naproxène ou l’ibuprofène, augmentent ce risque. Les vrais coupables, ce sont les fluoroquinolones. Et même parmi elles, tous les médicaments ne sont pas égaux.

La lévofloxacine est la plus dangereuse. Une étude publiée dans le BMJ Open en 2022 a montré que les patients prenant de la lévofloxacine avaient un risque 120 % plus élevé de rupture du tendon d’Achille que ceux qui ne prenaient aucun fluoroquinolone. Le risque était de 2,2 fois plus élevé. En revanche, la ciprofloxacine et la moxifloxacine n’ont montré aucun risque significatif dans plusieurs études. Pourquoi cette différence ? Parce que chaque fluoroquinolone agit différemment sur les cellules tendineuses.

Comment les fluoroquinolones détruisent les tendons

Ces antibiotiques ne tuent pas seulement les bactéries. Ils interfèrent aussi avec la production de collagène, le matériau principal des tendons. Ils activent des enzymes appelées matrix metalloprotéinases (MMP), qui dégradent le tissu tendineux. En même temps, ils provoquent un stress oxydatif qui tue les cellules responsables de la réparation du tendon - les tenocytes. Résultat : le tendon devient fragile, comme du papier mouillé.

Le tendon d’Achille est le plus touché - 89,8 % des cas. Il est particulièrement vulnérable parce qu’il est soumis à des contraintes mécaniques importantes, surtout chez les personnes actives. Mais les tendons des épaules, des mains ou des genoux peuvent aussi être affectés. Dans près de la moitié des cas, les deux jambes sont touchées en même temps.

Quand le risque apparaît - et comment le repérer

Le danger ne s’annonce pas des semaines après. Il peut arriver en 48 heures. Selon les données de l’Agence nationale de sécurité du médicament en France, les premiers signes - douleur, gonflement, raideur - peuvent apparaître dès le deuxième jour de traitement. Dans 85 % des cas, les symptômes surviennent dans le mois suivant le début du traitement. Mais attention : les lésions peuvent aussi se manifester des mois après l’arrêt du médicament.

Voici les signaux d’alerte à ne pas ignorer :

  • Douleur soudaine dans le tendon d’Achille, derrière la cheville
  • Enflure ou chaleur autour du tendon
  • Difficulté à se lever sur la pointe des pieds
  • Un « craquement » ou un « coup de fouet » dans le tendon - signe d’une rupture complète

Si vous ressentez l’un de ces symptômes, arrêtez immédiatement l’antibiotique et consultez un médecin. Ne prenez pas de corticoïdes. Ils aggravent le risque de rupture. Et ne continuez pas à marcher ou à faire du sport. Le tendon peut se rompre complètement en quelques heures.

Comparaison en dessin : un coureur avec tendon intact vs un autre avec tendon qui se casse.

Qui est vraiment à risque ?

Le risque n’est pas le même pour tout le monde. Certaines personnes sont beaucoup plus vulnérables :

  • Les personnes de plus de 60 ans : leur risque est 3,8 fois plus élevé
  • Les patients avec une insuffisance rénale : les antibiotiques s’accumulent dans l’organisme
  • Les transplantés d’organes : ils prennent souvent des corticoïdes en même temps
  • Les sportifs ou les personnes actives : les contraintes mécaniques ajoutées au stress chimique sont un cocktail dangereux

Les femmes ne sont pas plus à risque que les hommes, mais les personnes atteintes de diabète ou de maladies du tissu conjonctif (comme l’élastose cutanée) ont aussi un risque accru. Ce n’est pas une question de force ou de fitness - c’est une question de biologie cellulaire.

Les fluoroquinolones de nouvelle génération : une piste plus sûre ?

Les fluoroquinolones de troisième génération, comme la delafloxacine ou la zabofloxacine, semblent moins toxiques pour les tendons. Une étude japonaise de 2022 a montré que ces médicaments n’augmentaient pas le risque de rupture d’Achille. Leur profil de risque est presque comparable à celui d’un antibiotique classique comme la céphalexine - qui n’a aucun lien avec la dégradation du collagène.

Cela signifie que les médecins peuvent désormais choisir un fluoroquinolone plus sûr, surtout pour les patients à risque. La ciprofloxacine reste une option acceptable pour les infections urinaires simples. La lévofloxacine, en revanche, devrait être évitée sauf en cas d’urgence absolue.

Vieil homme dans un salon français avec un tendon géant qui s'étire menaçant depuis sa cheville.

Le vrai impact des alertes sanitaires

En 2008, la FDA a imposé une alerte noire (black-box warning) sur les fluoroquinolones. En 2016, elle a renforcé cette alerte. Depuis, les prescriptions de ces antibiotiques ont baissé de 21 % aux États-Unis. En Europe, l’Agence européenne des médicaments recommande maintenant de n’utiliser ces traitements que si aucun autre antibiotique n’est possible.

Pourtant, beaucoup de patients ne savent pas. Une enquête de 2021 montre que seulement 32 % des personnes ayant reçu un fluoroquinolone se souviennent d’avoir été averties du risque tendineux. Les médecins, eux, ont appris à faire attention. Mais les patients ? Beaucoup continuent à prendre ces médicaments en toute innocence.

Que faire si vous avez déjà pris un fluoroquinolone ?

Si vous avez pris un fluoroquinolone il y a quelques semaines et que vous n’avez pas eu de douleur, vous êtes probablement à l’abri. Le risque chute fortement après le premier mois. Mais si vous avez eu une douleur au tendon, même légère, pendant ou après le traitement, consultez un kinésithérapeute ou un médecin du sport. Une échographie peut détecter une dégradation précoce du tendon.

En cas de rupture confirmée, la prise en charge est longue : 6 à 12 mois de rééducation, parfois une chirurgie. Certains patients ne retrouvent jamais pleinement leur mobilité. C’est pourquoi la prévention est la meilleure arme.

Comment éviter le risque ?

  • Ne prenez jamais un fluoroquinolone pour une infection bénigne (rhume, sinusite, otite) - il y a toujours une alternative plus sûre
  • Préférez la ciprofloxacine à la lévofloxacine si un fluoroquinolone est indispensable
  • Évitez les activités physiques intenses pendant et 15 jours après le traitement
  • Ne combinez jamais un fluoroquinolone avec un corticoïde - c’est un cocktail explosif
  • Si vous avez plus de 60 ans, demandez toujours si un autre antibiotique est possible

Les fluoroquinolones ont sauvé des vies. Mais leur usage doit être strictement encadré. Ce n’est pas un antibiotique comme les autres. Il agit comme un poison lent pour les tendons. Et la meilleure façon de ne pas en être victime ? C’est de ne pas le prendre - sauf si c’est vraiment nécessaire.

Les NSAIDs augmentent-ils le risque de rupture tendineuse avec les fluoroquinolones ?

Non, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (NSAIDs) comme l’ibuprofène ou le naproxène n’augmentent pas le risque de rupture tendineuse lorsqu’ils sont pris avec des fluoroquinolones. Le risque vient exclusivement des antibiotiques eux-mêmes. Les études n’ont trouvé aucun lien entre les NSAIDs et l’aggravation des lésions tendineuses. En revanche, les corticoïdes (comme la prednisone) sont fortement déconseillés car ils multiplient le risque de rupture.

Quel fluoroquinolone est le plus dangereux pour les tendons ?

La lévofloxacine est le fluoroquinolone le plus associé à la rupture tendineuse. Des études montrent un risque accru de 120 % pour le tendon d’Achille. La ciprofloxacine et la moxifloxacine, en revanche, n’ont pas montré de risque significatif dans plusieurs analyses. La lévofloxacine est donc à éviter, surtout chez les personnes âgées ou actives.

Combien de temps après le début du traitement apparaît le risque de tendinite ?

Les premiers symptômes peuvent apparaître dès 48 heures après le début du traitement. Dans 85 % des cas, ils surviennent dans le mois suivant. Mais il est aussi possible que la douleur ou la faiblesse se manifestent plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l’arrêt du médicament. Ce retard rend le diagnostic difficile.

Les fluoroquinolones de nouvelle génération sont-elles plus sûres ?

Oui, certaines fluoroquinolones de troisième génération, comme la delafloxacine ou la zabofloxacine, semblent avoir un risque beaucoup plus faible pour les tendons. Une étude japonaise de 2022 a montré qu’elles n’augmentaient pas le risque de rupture d’Achille. Cela ouvre la voie à une utilisation plus sûre chez les patients à risque, à condition que ces médicaments soient prescrits avec prudence.

Que faire si je ressens une douleur au tendon pendant un traitement antibiotique ?

Arrêtez immédiatement le traitement et consultez un médecin. Ne continuez pas à marcher, courir ou faire du sport. Immobilisez la zone douloureuse. Ne prenez pas de corticoïdes. Une échographie ou une IRM peut confirmer une tendinite ou une déchirure partielle. Plus vous agissez vite, plus vous évitez une rupture complète et une longue rééducation.

1 Comment
Denise Sales
Denise Sales

février 3, 2026 AT 16:59

j'ai pris de la cipro il y a deux ans et j'ai eu une douleur au tendon comme un coup de poignard... j'ai cru que c'était un claquage, mais non. j'ai appris trop tard. merci pour ce rappel.

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